J’ai plongé dans mes souvenirs de mes deux années d’assistante pour retrouver des erreurs ou des phrases assez marrantes de mes élèves… Les fautes de français sont volontaires, j’essaye de coller à la réalité !

Pour Bundoran je ne me souviens que d’une rédaction qui m’avait filé un fou rire toute seule chez moi alors que je la corrigeais. Un Terminale, qui se destinait à des études de politique, devait disserter sur la culture irlandaise et l’importance de sa préservation. Et le voilà qui énumère les grandes figures de la culture irlandaise : « En Irlande nous avons Wolfe Tone, Oscar Wilde, et James Joyce, etc. Nous être fiers de notre littérature, nous avons de la chance, car en Afrique ils n’ont pas de littérature. » Pourquoi ça m’a fait rire ? Parce qu’il voulait dire que beaucoup d’Africains n’ont pas les moyens d’acheter des livres. Et sa phrase était un préjugé si débile qu’il en devenait drôle ! Alors j’ai commenté l’erreur en disant « très drôle mais tu sais ils ont une littérature aussi » ou quelque chose comme ça. Cet élève était assez rigolo, il s’appelait Padraig et il voulait toujours qu’on l’appelle bien Padraig, et non Pauric, le diminutif. Le pauvre, je devais être la seule prof à l’appeler comme il fallait.

Je me souviens de plus de perles de gamins de Ballinamore, c‘est plus récent et j’ai fait passer beaucoup d’oraux blancs. Pendant ces oraux, les élèves devaient me vouvoyer, être très polis etc. Mais certains oubliaient. Par exemple un cinquième année à qui j’ai dit « Bonjour, comment allez-vous ? » et qui m’a répondu « Salut ! Bien, et tu ? ». Un peu plus tard il voulait me parler de ses matières et dire qu’il était bon en euh maths, mettons. Et il me fait avec un grand sourire « J’aime les maths. Je suis facile ! ». Euh… tu es facile ?

Un autre m’a dit, avec un grand sourire aussi : « Je suis un petit nuage ! » pour dire qu’il était content. Content d’aller passer un oral ? En tout cas il avait oublié le « sur ». Il essayait de réutiliser des expressions apprises en cours. Un peu plus tard en se présentant il me raconte « Je n’ai pas une petit amie » (le seul de toute l’école à faire ce genre de précision). Et dans sa copie d’examen, j’ai surpris cette phrase dans une rédaction sur les vêtements de marque : « Moi je le porte de temps en temps pour les femme car elles adorent moi comme ça. » Les femmes ! Il avait de l’ambition le petit ! Il a joué Ken (de Barbie) dans le spectacle de l’école et ses potes le charriaient pour ses vêtements bien choisis. Mais ce n’était pas un prétentieux, il était gentil comme tout et il va grimper le Kilimandjaro pour le Réveillon pour une association. (et deux élèves de Bundoran viennent de le faire !)

Le meilleur élève de cinquième année, un blond, m’a lui dit « J’ai les cheveux blancs et les yeux bleus, je suis un vrai Irlandais ! ». Oui mais pas encore un vrai papy irlandais tout de même !

Owen n’aimait pas rester assis en classe et préférait toujours venir faire de l’oral avec moi. Il ne supportait pas de n’avoir rien à faire de ses dix doigts, ils faisait des avions en papier, commençait à démonter les ordis si on était dans la salle info… Un jour je suis arrivée en cours avant la prof, et il m’a demandé : « Marie, tu prends des élèves aujourd’hui ? » « Ouais mais c’est pas ton tour, t’es venu la semaine dernière » « Oh non ! Je peux pas venir avec toi ? Ste plaîît ! Je veux pas rester iciiii ! » (bien sûr je traduis de l’anglais). Le pauvre il avait vraiment l’air en détresse ^^ Il adorait les tracteurs et la mécanique. On avait un délire comme quoi il venait de Ballyconnell, un bled paumé du comté de Cavan. Les Irlandais se taquinent beaucoup sur leurs villages. A chaque fois qu’il commençait à trop discuter j’lui rétorquais « Nan mais de toute façon tu viens de Ballyconnell alors… ». Ou bien il arrivait pas à dire « natation », il disait « natachon » et je lui disais « Arrête avec ton accent du Cavan !! » alors il faisait « natachon » de plus belle.

Niamh, mon élève de cours particuliers, faisait une erreur très mignonne, elle disait « les sciences agriculturelles » au lieu des sciences agricoles. Elle était vraiment adorable !

Une élève de Terminale a voulu traduire « I had lots of fun » (je me suis bien amusée) et elle a traduit par « J’ai eu beaucoup de plaisir ». Heureusement c’était dans un travail écrit donc ça a juste bien fait rire la prof et l’élève n'a pas vu la portée de son erreur !

Pour finir, les élèves qui essayent de faire des compliments aux profs pendant l’examen… C’est plus les filles qui essayent ! Une a parlé de ses profs préférés « Mon profs préférés sont Ms Molloy et Mr White » et une autre s’est embrouillée dans son vocabulaire :  « J’m’amuse bien avec les profs, vous êtes, très, très, euh non, très gens, gens sympa. ». C’était une bonne élève mais pour son oral elle a un peu foiré !

Shona voulait savoir où je sortais à Carrick : « Vous étiez à Murtagh’s samedi dernier » « Nan j’étais à Cork ! » (il se trouve que c’était après mon week-end à Cork).

Je faisais passer l’oral à une élève particulièrement flemmarde et insolente avec sa prof. A la fin je lui dis que c’est quand même pas facile pour moi de trouver des questions à lui poser, car comme elle ne répond rien je dois lui poser encore plus de questions. Avec un sourire désolé elle m’a répondu « I know, oh, God love you ! ». C’est un peu l’équivalent de « Oh peuchère ! » (ça s’écrit comme ça ??).

Ce petit garçon si gentil de première année, qui a fait le discours de remerciement fin mai : « Marie, thanks for all your help, you taught us French and lots of useful things, like how to hate Sarkozy. » (Marie, merci pour ton aide, tu nous as appris le français et plein d’autres choses utiles comme bien détester Sarkozy). Il s'appelle Jarlath, et je ne savais jamais comment prononcer son prénom.

Quelques commentaires de mes élèves de Bundoran. Je les croisais souvent en dehors des cours et je les ai recroisés cette année. L’année dernière en juin j’ai vu plusieurs filles après leur bac. J’ai eu beaucoup de « hugs » et l’une d’elles, Sorcha, me présentait à tous les gens qui passaient (et elle doit connaître tout Bundoran ) : « This is Marie ! She taught us French ! She is a leeeeegend ! » (C’est Marie, notre prof de français, c’est une légende ! »). Je suis légendaire. A Bundoran. La classe xD

Une autre n’arrêtait pas de me faire la bise pour me remercier de mon aide pendant l’année… Au final elles m’ont payé une Guinness et j’a discuté avec Sorcha qui m’a dit qu’elle ferait bien prof mais qu’elle ne pouvait pas laisser tomber son côté dingo. Elle a redoublé sa Terminale ensuite donc elle a eu plus de temps pour réfléchir !

J’ai revu d’autres redoublantes cette année, qui me disaient « Oh vous avez toujours vos chouettes boucles d’oreilles ! » « Vos jupes de punkette nous manquent ! ». Je ne pensais pas que j’avais un style si génial que ça héhé. Et bien sûr, « Vous revenez pour nous ? On a besoin de quelqu’un pour nous aider avec le niveau ordinaire ! » « Nan, désolée je viens juste dire bonjour ! ». Les pauvres elles étaient déçues.

Autre déception, cette fois-ci une fille de Ballinamore : « Miss, où vous avez trouvé votre montre ? Elle est jolie. » « Ah c’est moi qui ai fait le bracelet, merci ! ». « Ah, je me disais bien » a-t-elle répondu l’air un peu déçu. « Et votre bracelet c’est vous qui l’avez fait aussi ? ».

Je me souviendrai aussi toujours de cette élève de Bundoran que j’appelais ma petite alcoolique et qui avait couru me parler un soir en novembre, déjà bourrée à 20h… Je ne sais pas ce qu’elle est devenue, je ne l’ai pas vue à Bundoran récemment. Elle, c’était ma jupe avec les cartes qu’elle aimait. J’ai une jupe faite avec un vieux jean et des cartes à jouer en tissu dessus, et mes élèves de Bundoran l’adoraient, ça les rendait très bavards en cours !

Je ne sais pas pourquoi, je m’entendais mieux avec les Terminales à Bundoran qu’à Ballinamore. Peut-être parce que je les ai souvent eus seule, on discutait plus. Pourtant y’avait des petits rigolos à Ballinamore aussi mais c’était plutôt les 5ème années qui étaient sympa, il y avait d’excellents élèves avec qui je pouvais avoir une conversation en français de manière presque normale. Ahlala. Ils vont me manquer (enfin, pas les chiants) ! Comme l’a dit un garçon de Ballinamore, pendant le dernier cours avec sa classe, très sûr de lui : « Mais vous reviendrez bien nous voir ! »…