Après les perles des élèves, voici de l'humour 100% irlandais de mes collègues de Bundoran et Ballinamore... Dans la mesure du possible je laisserai les mots en anglais car c'est quand même plus savoureux ainsi, pour ceux qui comprennent... Mais je traduis aussi bien sûr !

Pour commencer, des réflexions bien chauvines de mes collègues de Bundoran. Quand j'ai dit que j'allais en Ecosse pour les vacances, on m'a dit... "God help you !" (Que Dieu de vienne en aide) avec un air comme si j'allais en prison. Quand j'ai dit que j'avais passé le week-end à Limerick... "Limerick?? And you've survived?? What would be your French equivalent of Limerick? Marseilles?" (Limerick ?? Et tu as survécu ?? Quel est léquivalent français de Limerick, Marseille ?), avec un grand sourire... Limerick est surnommée "Stab City" (Poignardville) pour ses guerres de gangs, son taux de criminalité, etc. Nice. Quand je suis revenue dire bonjour aux profs cette année, la principale m'a demandé : "So, what do you think of Leitrim farmers?" (Qu'est-ce que tu penses des fermiers du Leitrim ?). Je dis volontairement "fermier" car il faut vraiment s'imaginer le cliché du paysan irlandais avec ses bottes et son jean boueux...

Et maintenant il me reste plein de citations d'un collègue de Ballinamore, Florian le prof de maths dingo, qui venait du Donegal (et vive le Donegal). Une légende ce type. Au début je le trouvais un petit peu bizarre mais il s'est avéré qu'il était juste complètement dans son monde et qu'il ne faisait pas la conversation comme les autres gens. Au lieu de parler de la pluie et du beau temps il disait des trucs qui semblaient choisis complètement au hasard ! Il se plantait un peu dans les prénoms aussi, Marie/Maria, Johanne/Johanna. On avait fait la soirée profs de Noël ensemble avec des amis à lui. Il était aussi très fort pour embêter les élèves. Et les collègues !

Un jour je passais dans le couloir et il était à la porte de sa classe avec un grand sourire de psychopathe, à 14h, en train de faire "Hello, children, good morning children" et "Good morning Miss" quand je suis passée. C'était tellement drôle que j'ai pas pu m'empêcher de rigoler devant tous les élèves, qui eux semblaient un peu dubitatifs !

Un collègue avait deux adresses mail, et sur l'ordi de la salle des profs, on pouvait voir lesquelles avaient été consultées. On a trouvé une adresse de notre collègue Robert, et l'adresse c'était robstheman@quelquechose (Robestgénial@quelquechose). Alors un jour devant plein de collègues, Florian a dit à Robert d'un air très sérieux :"Robert, there's an email address here, do you know this dodgy character robstheman... ?" (Robert, tu connais ce personnage louche qui a l'adresse mail robstheman ?).

Il a foutu une photo d'une actrice qui ressemblait à une collègue en fond d'écran de l'ordi de la salle des profs, et il disait à tout le monde "Look, it's Camilla". Alors que c'était juste une actrice qui lui ressemblait. Mais il nous donnait des doutes débiles comme ça.

Il téléchargeait plein de films, avec une super technique, en utilisant son portable comme modem car il avait l'illimité, c'était super rapide, et il téléchargeait un peu tout ce qui sortait en salle, au pif. Alors il me disait souvent "Marie, tell me if you want anything, I've loads of stuff, it's good quality." (Marie, dis-moi si tu les veux, j'en ai des tas, c'est de la bonne qualité). Sorti du contexte ça fait un peu dealer quand même.

Une flasque de vodka a traîné dans la salle des profs du lycée toute l'année, et un matin à 8h45 environ il l'a ouverte et a tenté de déterminer le contenu de la bouteille à l'odeur mais il n'y arrivait pas, il m'a demandé si je pouvais pas goûter pour voir, mais non.

Dans le même genre, il disait ce qu'il pensait des ordis des autres : "No, it doesn't work because your computer is shit, that's why." (Nan mais ça ne marche pas car tu as un ordi de merde, en fait.)

Toujours à la recherche des bonnes affaires, il m'avait donné un truc pour avoir des céréales gratuites avec des bons à commander sur Internet. C'est quand même marrant de s'asseoir à côté du collègue, qui vous dit comme ça l'air de rien : "Marie, do you want free cereal?" (Marie, tu veux des céréales gratuites ?). Je ne les ai jamais eues à cause d'un retard de la poste, mais lui il a eu les siennes et il m'a dit qu'elles étaient bonnes.

Il me houspillait tout le temps avec Sarkozy, et quand j'ai reçu mes bons de céréales gratuites trop tard, j'lui ai dit "Guess what I had in the post yesterday?", il a répondu "A letter from Sarkozy begging you to come back?" (Devine ce que j'ai eu au courrier hier ? Une lettre de Sarkozy te suppliant de rentrer ?). Ca ne risquait pas d'arriver pourtant.

Il a fait un sondage débile auprès des profs un matin à 9h, dès que quelqu'un arrivait, il demandait "Would you rather eat Indian or Chinese takeaway?" (tu préfères la bouffe à emporter indienne ou chinoise ?). Pour ma part, en Irlande, aucune des deux. Italian, please !

Un matin je dormais à moitié sur mon coin de table, trop crevée, et il m'a demandé "Are you hungover ?" (T'as la gueule de bois ?), ce à quoi j'ai répondu "No, I'm just very tired." (Nan, chuis juste trèèès fatiguée).

Des fois il regardait des hôtels et des trucs comme ça à vendre sur Internet et il me disait "I'm gonna buy this." (Je vais l'acheter). Le pauvre il devait s'ennuyer entre les cours.

Dans le journal de l'école de l'année, il y a son interview dont voici quelques extraits. Pourquoi avez-vous décidé de devenir professeur ? "So I can become a dictator in my own class. " (Comme ça, je peux devenir dictateur dans ma salle de classe.). Quel est votre conseil pour les élèves ? "Do what you're told, oh and study mathematics, a truly beautiful subject." (Faites ce que j'vous dis, ah et étudiez les maths, une si belle matière). Il se plaignait d'ailleurs que les élèves inscrits en maths niveau ordinaire ne verraient jamais la véritable beauté des maths...

Il gravait un CD pour ma collègue Aoife, et il devait donner un nom au CD. C'était des vidéos d'élèves faisant des fausses pubs en gaélique. Je les ai vues, elles sont drôles sauf que je ne comprends pas grand chose. Donc il commence par appeler le CD "Irish love" (Amour irlandais) puis finalement il choisit "Aoife get a life" (dur à traduire, "Aoife t'as pas de vie (sociale), trouve-toi une vie" en gros)... C'est un CD que tous les parents allaient voir le soir-même...

Un jour une élève de 16 ans disait à ses copines qu'elle avait pu rentrer dans une boîte de Carrick gratuitement et qu'on ne lui avait pas demandé sa carte d'identité. A Murtagh's précisément. Elle était toute fière ! Sauf qu'il l'a entendue. Et il sait bien que c'est gratuit de rentrer à Murtagh's, car on y a été à la soirée profs et il s'en est fait virer une fois... Donc il a passé la journée à lui demander : "Shona, how do you get in for free in a place that's free to get in?" (Shona, comment on fait pour rentrer gratuitement dans un endroit où l'entrée est gratuite ?). Et à demander à tous les profs de poser cette question à Shona...

Là où certains profs n'osaient pas dire ce qu'ils pensaient des élèves, lui il allait à fond, du genre "He's a lazy fucker." (C'est un connard qui fout rien).  Un peu trop franc peut-être, mais rafraîchissant au milieu des "Il n'utilise pas son potentiel" et autres euphémismes.

Quand j'ai dit que c'était mon dernier jour, avec un air paumé, il a fait "Oh. Are you sad? It's sad." (Oh, tu es triste ? C'est triste quand même) et en montrant mon coin et ma chaise de la salle des profs, où je dormais encore à moitié, "I'll be like that tomorrow." (Je serai là comme ça demain).

A la fin de l'année, il m'avait mise dans la confidence qu'il quittait cette école et l'Irlande pour aller bosser dans un collège de riches à Bruxelles. Il m'a détaillé tous les avantages du poste et le super salaire. Un sacré personnage qui n'est jamais resté bien longtemps dans le même établissement. Il m'aura bien fait rire ! On n'avait pas cours ensemble, on ne faisait pas de trajets ensemble, et pourtant on a bien discuté, ça m'a aidée à me sentir plus intégrée qu'à Bundoran, où je restais surtout avec les profs de français.